samedi, 14 avril 2007

dix-sept ans de carrière pour IAM

u lendemain de la sortie de leur cinquième album, Saison 5, et d'un concert parisien triomphal au Bataclan, le 3 avril, rencontre avec Akhenaton et Imhotep, respectivement co-chanteur et "architecte sonore" des Marseillais d'IAM, groupe fondateur - avec Suprême NTM et MC Solaar - du rap français.

Vu dans LE MONDE


Durant la tournée qui vient de précéder la sortie de votre nouvel album, vous avez passé en revue vos plus gros succès. Une façon de vous retourner sur dix-sept ans de carrière ?

Akhenaton : En concert, nous avions tendance à bouder nos tubes, en particulier Je danse le Mia, comme s'ils ne nous appartenaient plus. On s'est finalement dit que ça ferait plaisir aux fans. C'était aussi une façon de mettre notre histoire en perspective. Récemment, un copain m'a envoyé un article d'un magazine hip-hop de San Francisco qui parlait de nous comme le plus ancien groupe de rap en activité.

Imhotep : On ne regarde pas non plus en arrière en s'autocongratulant. Ce qui nous maintient, c'est le travail permanent, l'envie de challenge.


Dans plusieurs nouveaux morceaux, dont Ça vient de la rue, vous faites l'apologie de la culture urbaine.

Ak. : Pour beaucoup, la rue est désormais synonyme d'émeutes, de "racaille". On voulait insister sur ses côtés les plus nobles, sur son rôle dans l'évolution de la langue, par exemple. Les mouvements urbains ont enrichi la vie culturelle. Cela est présent dans notre quotidien, sans qu'on rende hommage à ceux qui ont été à l'origine de ces tendances.

Bizarrement, quand le hip-hop était confidentiel, dans les années 1980, il existait des émissions de rap sur les grandes chaînes de télévision. Aujourd'hui qu'il est énorme, on n'en voit plus une seule. La seule émission qui en parle, c'est "Le droit de savoir" (rires).


Un de vos nouveaux titres s'intitule Rap de droite. Qu'entendez-vous par là ?

Ak. : C'est adressé à ceux qui disent : "Je suis un méchant gangster, je mets les femmes à poil, j'exhibe mes richesses et mes armes, je suis un rebelle." Non, tu n'es pas un rebelle, tu es l'assistant de campagne de Sarkozy, le chef de cabinet de Jean-Marie Le Pen, l'eau du moulin du cliché.

Im. : Ils partagent les mêmes valeurs, l'argent, le pouvoir, la domination par la force.


Saison 5 sort durant la campagne électorale, est-ce délibéré ? On ne vous a pas vu militer au côté de rappeurs comme Diam's ou Joey Starr, pour l'inscription des jeunes sur les listes ?


Ak. : Nous l'avons beaucoup fait avant. J'avais inséré dans mon dernier album solo, une fiche de renseignements pour l'inscription électorale. La sortie de l'album n'a pas été programmée par rapport aux élections.

Je me sens d'ailleurs complètement perdu. Je vote Vert depuis que j'ai 18 ans, pour la première fois ce ne sera pas le cas. Je n'ai pas envie de revivre un second 21 avril 2002. Je voterai utile, Ségolène Royal, sans doute la moins pire. Le libéralisme d'accord, mais un libéralisme où tout le monde puisse être à table.


Dans United, vous dites : "Bleu, blanc, rouge, c'est à nous aussi/Même si on n'a pas les mêmes racines." Vous vous retrouvez dans les discours récents de Ségolène Royal ?

Ak. : On avait bien sûr écrit la chanson avant. Longtemps, nous nous sommes mis en opposition par rapport à ce drapeau, nous l'avons laissé aux fachos. L'équipe de France de foot, celle de Zidane, a sans doute été un facteur d'envie de récupération de ces couleurs. On s'est dit, ça existe dans le sport, il y a peut-être moyen de construire ce pays-là, de recoller les deux France derrière ses valeurs révolutionnaires.


Dans Offishall, vous parlez aussi d'"un pays de gnomes" ?


Ak. : Nous avons trop souvent des réflexes de clocher. Au Moyen Age, les villageois craignaient les autres villages, les autres régions, les autres pays. Aujourd'hui, on craint les pays du Sud, les méchants "musulmans".

Im. : La France qui a un passé esclavagiste, colonial et postcolonial, refuse d'avoir les retombées en termes de population de ce qui a fondé son économie. On ne peut pas continuer de pomper les matières premières d'un continent en disant à ses pauvres de rester chez eux.

Propos recueillis par Stéphane Davet

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